La communauté montréalaise aurait tout à gagner à souligner la journée de sensibilisation à la traite de personnes.

 

2020 vient tout juste de commencer, et on a encore l’impression qu’il y a une journée pour tout. La journée du travail, la journée de la Terre, la journée de la lutte contre le suicide, celle de la santé mentale… sans oublier la journée de la marmotte!

Notre attention est brièvement retenue par ces événements qui nous semblent parfois répétitifs tant ils sont nombreux, et sur lesquels on finit par lire un article en diagonale question de rester à jour sur les sujets d’actualité. Certains retiennent notre attention, d’autres nous ennuient alors qu’ils nous résonnent à l’oreille pendant le glorieux quart de minute de conversation qu’on sent leur avoir si noblement consacré.

 

Pour le meilleur

 

Chaque personne est différente, un vécu tout particulier vous est propre, et les événements qui ont marqué votre vie dictent en quelque sorte la facette de votre humanité qui détient le plus de profondeur, votre point sensible. C’est pourquoi certains sujets nous ébranlent plus que d’autres, ils nous figent, ils se relient à nous par notre passé, notre culture, notre environnement, voire par le vécu d’un proche.

Ma grand-mère était la première femme à chauffer une automobile dans son village natal. La journée de la Femme est une source de joie pour moi, je suis fière à l’os d’être Femme, et je tiens à ce qu’on se félicite entre nous pour avoir fait évoluer l’Occident en faveur de nos droits. J’aime croire qu’un jour on va l’atteindre, l’égalité homme-femme. Je tiens bon, je m’accroche à un optimisme qui m’aide à croire qu’un pas à la fois les choses peuvent avancer tant qu’on tient à notre bout du bâton.

Si on remonte dans le temps, à travers l’histoire, force est de constater qu’il y a eu un progrès à plusieurs niveaux pour la situation de la Femme dans le Monde. On a obtenu par exemple le droit de vote, puis on travaille encore à faire respecter l’équité salariale qui peut-être un jour, avec espoir et ténacité, sera des nôtres. Le #MeToo a participé à ce progrès dont je vous parle en exposant au grand jour ceux qui ne respectent pas le corps de la Femme, ceux qui agressent, violent, attouchent et projettent sur leurs victimes un soi-disant instinct animal nourri par le prétexte de besoins sexuels qui ne traduisent en fait qu’un manque irrévocable de capacité à vivre en société.

 

Et pour le pire

 

En même temps, je ressens une profonde tristesse en cette journée qui éveille en moi toute la stupeur qu’il est humainement possible de contenir devant des sujets d’actualité troublants. Je pense notamment à l’excision et aux droits bafoués des Femmes dans certains pays alors qu’à l’ère qu’on ose appeler « la modernité », on pratique le mariage forcé entre des hommes et des fillettes d’à peine 13 ans. Une étude réalisée en 2016 par le Fonds des nations unies pour l’enfance (Unicef) a fait ressortir qu’en Côte d’Ivoire, entre 40-60 % des filles de moins de 15 ans sont déjà mariées.

 

Il en revient aux Montréalais de prendre conscience de l’ampleur du problème dans et aux alentours de la métropole

 

En tant que Montréalaise, je crois que certains sujets sont près du cœur de notre communauté. L’exploitation sexuelle est un sujet qui à la fois nous dérange, nous trouble… Force est d’admettre que l’industrie du sexe est solidement implantée chez nous, où la prostitution abonde. Je suis certaine de ne rien vous apprendre lorsque j’écris qu’on n’a qu’à s’égarer au centre-ville de Montréal, ou à chercher une série de deux mots en ligne pour tomber sur un studio de massage qui offre des services XXX, une agence d’escortes, un club de danseuses, un bordel… Escortes Montréal, essayez de l’écrire dans votre barre de recherche en mode privé question qu’on ne vous méprenne pas pour le client.  Vous trouverez une multitude d’offres de services sexuels, tant et tellement qu’il semblerait qu’on en est venus à banaliser la prostitution et tous les autres services prostitutionnels qui l’entourent.

 

Serait-il possible de repenser une Montréal sans exploitation sexuelle?

 

C’est comme si l’on s’était habitués à voir les petits marchés du sexe, sans oublier les plus grands noms de l’industrie locale; Chez Parée, le Cinéma L’Amour, Nuru Massage, et j’en passe.

Je vous invite à repenser ces lieux qui peuplent notre paysage urbain avec leurs ludiques façades, ces lieux qui existent hors de votre imaginaire, hors du fantasme, et qui sont en réalité le sombre terrain de jeu du crime organisé et de proxénètes. Les néons de ces commerces lancent des clins-d’œil aux passants, sans jamais dévoiler l’arrière scène; une misère humaine qui tranche avec le semblant d’air festif utilisé pour maquiller l’apparence de ces lieux question de faire monter les ventes.

La clandestinité des milieux criminels a cette façon de garder loin de la lumière du public les choses les plus graves auxquelles elle prend part. Je vous rappelle que l’âge d’entrée dans la prostitution à Montréal est estimé à 14 ans.

Parce qu’il se trouve un être humain derrière les faux sourires qu’on monnaie à ces adresses, je vous invite à repenser Montréal et toute la Province de Québec en ce 22 février.

Au nom de toutes les victimes de l’exploitation sexuelle, je vous invite à passer le mot, et à repenser aux faits réels, au fait que 90 % des filles et femmes qui participent à l’industrie du sexe souhaitent sortir de la prostitution.

Ensemble, il est temps de se lever pour faire changer les choses.

Ensemble, offrons leur une sortie.